La torréfaction

Publié le : 01/08/2019 14:27:35
Catégories : Bien choisir son café

La torréfaction

La torréfaction

 

La torréfaction est la deuxième étape de transformation du café, après la fermentation et le séchage de celui-ci. Lorsque le Torréfacteur reçoit le café vert destiné à devenir un café de spécialité, il est aujourd’hui transporté dans un sac en plastique micro-perforé qui le protège des odeurs, de la lumière et maintient son taux d’humidité. Ces sacs sont ensuite souvent placés dans des sacs en toile de jute. Si le café était traditionnellement directement conditionné dans une toile de jute, ce n’est plus le cas pour les cafés de spécialité, étant donné que celui-ci donne son goût au café qu’il « protège ».

Avant torréfaction, le café vert est un produit encore frais et humide, qui doit être torréfié dans l’année qui suit la récolte pour garder toute sa complexité.

 

La cuisson 

 

La torréfaction consiste à transformer les grains de café encore verts en produits cuits. Au même titre que la cuisson d’une viande, il est nécessaire d’adapter la cuisson en fonction de différentes propriétés des grains. Il est cuit différemment selon sa densité, qui dépend essentiellement des variétés utilisées, mais aussi de l’altitude à laquelle il a mûri, de son pays d’origine, de la taille de ses grains (le crible), de la répartition de l’eau à l’intérieur du grain (Water Energy) et de son taux d’humidité. Une torréfaction différente s’impose également en fonction du mode d’utilisation auquel le café est destiné : extraction (expresso ou cafetière italienne) ou filtration (méthodes douces).

 

La torréfaction a beaucoup évolué ces quinze dernières années car, avec l’avènement des cafés de spécialité, les « nouveaux torréfacteurs » ont cherché et cherchent encore à mettre en avant leurs qualités aromatiques en les masquant le moins possible par les notes de torréfactions. Cette démarche diffère des cafés produits par les industriels, souvent brûlés pour masquer leurs défauts.

 

Les torréfacteurs, machines dans lesquelles sont cuits les grains de café, ont aussi été perfectionnés et tendent aujourd’hui vers des cuissons parfaitement maîtrisées, que ce soit dans l’élaboration des courbes de torréfaction, mais aussi leur reproduction à l’identique par la machine.

 

 

Les différents torréfacteurs

 

Ces machines, préférablement alimentées en énergie par du gaz, se distinguent en trois familles :

 

* Les torréfacteurs à flamme directe : le brûleur (la flamme) est situé directement sous le tambour à paroi simple ou à double paroi (préférable). Ils sont les plus utilisés en artisanat et les plus accessibles.

* Les torréfacteurs chaleur indirecte : le brûleur est situé à l’arrière du torréfacteur et diffuse la chaleur vers le tambour. Ces appareils permettent de cuire à plus haute température sans brûler les grains et offrent une reproductibilité plus précise.

* Les torréfacteur à air chaud : ici, plus de tambour mais une chambre de combustion où le grain cuit en suspension dans un flux d’air chaud. Cette cuisson ultra-rapide est utilisée par l’industrie.

 

 

Les courbes de torréfactions

Les courbes de torréfactions varient en fonction des cafés, des profils, du style du torréfacteur, mais aussi en fonction du matériel utilisé. Elles sont la combinaison des variations des températures tout au long de la cuisson, de la variation du flux d’air et de l’aération du tambour, variation de la vitesse de rotation des pales du tambour. 

C’est cette courbe de torréfaction qui va définir le rythme des différentes étapes de la torréfaction et des transformations physico-chimiques du café à l’intérieur du torréfacteur qui vont révéler les arômes.

 

 

Les étapes de la torréfaction

 

La première étape est le point bas. Le café est plongé à température ambiante dans le tambour chaud, puis arrive à la température du tambour et débute sa cuisson. C’est ensuite la phase de séchage, au cours de laquelle le café perd de son humidité et l’humidité devient vapeur dans le grain.

Par la suite, le café commence à changer de couleur, d’odeur, et les arômes apparaissent sous l’effet de la réaction de Maillard (transformation des acides et des protéines en arômes, sous l’effet de la chaleur) : c’est le Point jaune.
Dans la continuité, le Premier crack intervient. Le résidu de vapeur présent dans le grain est expulsé, et celui-ci se fissure sous l’effet de la chaleur. La couleur du grain fonce peu à peu sous l’effet de la réaction de Strecker, jusqu’au Deuxième crack. Lors de cette dernière phase, le café devient noir et toutes les courbes aromatiques s’effondrent, laissant un goût de brûlé ammoniaqué (arômes empyreumatiques).

  

La fin justifie les moyens

             

Selon les chemins de cuisson empruntés, le café peut même avoir une couleur parfaitement identique et avoir un goût très différent.

Le grand dilemme pour un torréfacteur est que pendant la phase de développement, après le premier crack, tout ne se développe pas en même temps : l’acidité en premier, puis les arômes, puis le corps, puis l’empyreumatique. Il faut donc faire des choix, ou des compromis. Plus l’acidité est privilégiée, moins il y  aura de corps, plus il y a de corps, moins il y a d’arôme, etc.

Cela explique que l’on ne peut pas torréfier de la même manière pour un café filtre, qui exige de la pureté, du fruit, pas d’amers et pas d’empyreumatiques, et un expresso qui exige également du fruit mais aussi du corps sans que les notes de torréfaction masquent les arômes.

Par exemple, un café destiné à l’expresso sera torréfié plus doucement, avec une montée et une descente en chaleur plus progressive, un temps de torréfaction un peu plus long, et donc une réaction de Maillard plus développée. Avec ce genre de courbe de cuisson, la caramélisation est favorisée, le café a du corps, ce qui permet d’avoir cette fameuse « crema » sur son expresso.

 

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise torréfaction. L’important est de savoir ce que le Torréfacteur veut avoir dans sa tasse à l’issue de la cuisson. Selon Christophe Servell, fondateur de Terres de Café, « torréfier est l’art et la manière de trouver la bonne route jusqu’aux réactions de Maillard et Strecker, et de les maîtriser pour que celles-ci ne dénaturent pas le goût du café. Le reste est affaire de style. ».

 

La régularité et reproductibilité

 

Les logiciels de torréfaction vont aider le torréfacteur à affiner ses courbes mais aussi à les reproduire et garantir la régularité de sa torréfaction. Cette régularité est essentielle que ce soit pour le consommateur final, attaché au profil de son café, mais aussi dans le cadre d’un certain pragmatisme.

En effet, changer le profil de torréfaction d’un café amène aussi des changements au niveau des paramètres de réglage du matériel et d’extraction. Ces modifications, si elles ne sont pas réalisées, pourraient gâcher une partie des stocks si la cuisson n’est pas maîtrisée.

 

 

La gestion de la fraîcheur du café torréfié

 

Le café est un produit sec, certes, mais il n’est pas inerte et s’oxyde très rapidement. On peut le consommer dix ans après torréfaction sans se rendre malade mais ses arômes envoûtants se seront transformés en immondes odeurs rances, avec une tasse plate, aqueuse, amère et infecte. Deux semaines après la torréfaction , le café commence déjà à perdre en intensité.

Le sachet dans lequel va séjourner le café est aussi un outil de gestion de la fraîcheur. Il doit être étanche à l’air et à la lumière et équipé d’une valve unidirectionnelle, qui laisse dégazer le café sans laisser l’air y entrer.

L’assemblage

 

Un autre aspect du travail du torréfacteur est l’assemblage de différents crus pour créer un mélange, une recette particulière. Bien que peu en vogue chez les Torréfacteurs de café de spécialité car très utilisés en industrie, et c’est aussi finalement l’opposé de ce qui constitue la caractéristique essentielle des cafés de spécialité, la traçabilité totale : une origine, une ferme, une variété, un process = un cru. Cependant, les « blends » sont aussi un moyen de résoudre l’équation acidité/corps/arômes, si difficile à atteindre en torréfaction pure.

 

Comme le café de spécialité est un tout, la torréfaction est la dernière transformation des grains de café qui va sublimer ou réduire à néant tout le travail du producteur en amont.